La société indienne

La jeunesse indienne

La jeunesse indienne se sent maître de son avenir. Contrairement à notre pays, les enfants et les jeunes ne sont pas perçus comme des êtres en devenir. Ils ont une place importante dans la société. C’est eux qui ont l’avenir entre leurs mains. Ils sont au cœur du changement, acteurs du futur.

Dès le plus jeune âge, les enfants sont capables de critiquer, donner un point de vue et de tenir un raisonnement sensée et profond. Chacune de leur expression est réfléchie. Les adultes participent à cet encouragement car il donne une place centrale à l’enfant ce qui se traduit par une véritable écoute et prise en compte de ces questionnements, avis et sollicitations. Ils ont la confiance des adultes et de ce fait ils croient en leurs réactions et savent les exprimer et les analyser. Leur capacité d’autonomie et d’organisation se développent aussi plus aisément.

Ce climat social leur permet de faire face aux engagements, de proposer des initiatives et de rechercher par eux-mêmes des solutions aux problèmes qu’ils relèvent. Ils sont donc des forces de propositions au sein des villages et sont en capacité de transmettre des savoirs.

Les femmes indiennes

La femme indienne est élégante. Elle soigne son image. Toujours bien parée de ses bijoux, de ses coiffures soigneusement peignées et ornées de fleurs de jasmin, elle marche dignement. Elle porte sur son front le « p « ; il peut s’agir d’un point de couleur vermillon  ayant alors une signification spirituelle ou alors d’un simple objet de mode assorti aux vêtements. On sent en elle une délicatesse, une douceur et une justesse dans ses gestes. 

Mais la femme indienne est aussi dotée d’une force surprenante. Habituée aux responsabilités dès son enfance, elle sait gérer et protéger sa famille. Parfois même à son dépend. Elle connait le sens des responsabilités, du devoir et du sacrifice. Son devenir et son épanouissement dépendra essentiellement de son mariage. Le mariage représentant dans la société indienne, un rite de passage essentiel, la femme indienne ne s’imagine pas vivre de façon indépendante. Elle se dévoue entièrement au bien-être de son mari et de ses enfants.

Mais ce mariage représente un coût immense pour sa famille. La dot est légalement interdite mais les mœurs n’ont pas aussi vite évoluées. Les parents de la jeune-fille doivent donc épargner pendant de longues années pour pouvoir espérer marier leur fille. Les familles chanceuses ont plus de garçons ou autant et pour les autres c’est encore plus difficile. Il arrive qu’il soit décidé que l’une des filles ne se mariera pas. C’est alors un poids très difficile à porter pour cette dernière. Un fardeau qu’elle trainera toute sa vie.

Sur un autre registre, la femme mariée craint par-dessus tout de perdre son mari. La société voit d’un très mauvais œil, les veuves. Elles apporteraient le malheur et le reproche de ne pas avoir su prendre soin de leur mari les suit. Elles se retrouvent souvent seules, sans statut, avec les enfants à nourrir et éduquer. La belle-famille souhaite souvent son départ et retourner chez ses parents est souvent difficile. Elle doit alors trouver différents moyens financiers pour aller de l’avant. Les issues trouvées sont trop souvent dégradantes.

Les femmes représentent pourtant un élément clé du développement. Les femmes indiennes, notamment, sont habituées à prendre des décisions et des responsabilités. Elles sont donc d’excellente gestionnaire et décisionnaire si on leur laisse la possibilité de mettre leurs compétences en pratique.

Discrimination et exclusion

L’exclusion, sujet qui touche toutes les sociétés. Lorsqu’il y a une hiérarchie sociale, il y a forcément des exclus. L’inclus ne peut exister sans l’exclus, le riche sans le pauvre, le bon sans le mauvais. Ce sont les normes qui régissent cet ensemble et qui déterminent le regard que posera la société sur tel ou tel individu.  En Inde, ce système est fortement codé et rigide. Il repose sur les castes, les individus naissent et demeurent au sein d’une même caste. Il en existe quatre : les brahmanes, les guerriers et les rois, les commerçants et artisans, les serviteurs. Une partie de la population ne figure dans aucune d’entre elle, ce sont les intouchables. Dans une société qui s’organise autour de la pureté, l’individu né intouchable est considéré comme impur et polluant. Par exemple, il n’est pas possible d’accepter un repas cuisiné par un intouchable, de peur que sa pollution nous atteigne. Tous les domaines de la vie sont donc affectés par cette perception.

L’intouchabilité a été décriée par de grandes personnes qui ont marqué l’histoire indienne. En France, nous connaissons surtout Gandhi qui a introduit dans ses nombreuses luttes, celle de l’intouchabilité comme injustice sociale et fléau pour l’évolution de la nation. En les renommant, « harijan » ce qui signifie enfants de dieu, il a permis d’entrouvrir les portes nécessaire au combat.

Toutefois, en Inde, celui qui a davantage marqué les esprits dans la lutte contre l’intouchabilité est le docteur Ambedkar, lui-même intouchable, il fait de longues études avant de se consacrer à ce long combat. Il donnera aux intouchables le nom de « Dalits », les opprimés. Grâce à lui, la constitution indienne a évolué vers une égalité des citoyens sans considération de leurs  religions, castes, sexes et  . Il a permis aux Dalits de s’élever et de voir leurs conditions de vie s’améliorer. Auparavant, cette population se sentaient « sous-hommes ». Maintenant, ils tendent à prendre conscience qu’ils sont victimes de l’oppression sociale.

Au sein des camps, les enfants et les professeurs d’école du soir nous racontaient les différentes formes de discrimination.

L’école                                      

Le premier sujet qu’ils ont souhaité aborder, c’est l’école. Les enfants nous expliquaient qu’ils ne sont pas considérés par leur professeur. Ils sont souvent ignorés et rabaissés. On leur donne des tâches de nettoyage à faire au lieu de les instruire. On les frappe ou les insultes gratuitement. On leur montre finalement qu’ils ne font pas partis du même monde que les autres. Ils sont d’ailleurs profondément marqués par cette différence que l’on fait entre les enfants. Les autres enfants de leur classe ont le droit de participer et d’apprendre tout simplement. Il y a aussi pour eux des cours de danses et de chants. Ils désiraient plus que tout partager cette même chance d’apprendre. Lors des camps, beaucoup d’entre eux, nous remercient parce qu’ils sont heureux d’avoir eu un espace pour apprendre et s’exprimer.

Le deuxième sujet sur lequel ils réagiront, c’est la religion.

 

La spiritualité

 

S’il y a une chose qui interpelle en Inde c’est bien son côté spirituel. On peut percevoir cette atmosphère qui règne dans chaque rue, chaque magasin et au sein des familles. Sans même parler de pratiques religieuses, on ressent cette ferveur. Baignant habituellement dans une culture où le rationalisme est de mise, où la religion doit se confiner à l’espace privée. Il est plaisant de découvrir un autre modèle où le mot laïcité prend tout son sens. Chacun est libre de croire et d’exercer ses cultes. Je ne comprends pas pourquoi la France a si peur de la religion et de la spiritualité. Cette liberté est restreinte et il est même parfois tabous, entre jeunes surtout, de dire ouvertement sa foi. On trouve ça dépassé, hors du temps.  Il est impressionnant de voir le décalage avec nos grands-parents par exemple pour qui croire était important. Comment a-t-on changé aussi vite de normes ? Pourquoi avoir peur de la spiritualité ? Pourquoi en faire quelque chose d’archaïque? On s’est éloignée de la chrétienté et on regarde d’un œil méprisant l’islam. Pourtant les hommes ont toujours eu besoin de croire et ont instauré des dogmes… c’est renié tout ce passé que de rejeter les religions et les autres formes de spiritualité. La France a eu peur que la religion nuise à sa liberté de conscience.  En voulant s'en protéger, elle a perdu de sa tolérance. La neutralité de l’État alors recherchée dans le principe de laïcité s'est alors peu à peu orienter vers une négation de ses cultes. Pourtant, notre déclaration des droits de l'homme et du citoyen laisse une plus grande liberté à ses citoyens croyants: «  Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites. »  

 

C'est en se rendant dans un Ailleurs que nous pouvons voir que cette perception appliquée est possible et paisible. Les différentes croyances et formes de spiritualité cohabitent, se syncrétisent et rendent la société plus riche. Elles se retrouvent autour de valeurs humaines communes qui permettent d'entrouvrir des questions existentielles. Ce manque de questionnement, nous a lancé dans une course effreinée autour de l’avoir. Toujours obtenir plus, toujours désirer plus. Mais la recherche de l’« être », s’est perdue. Nous courrons oui mais vers quoi ?

 

S'agirait-il de la crise? Les crises sont le témoignage d’un dysfonctionnement du système. Il ne fait plus ces preuves alors c’est l’occasion aujourd’hui d’en changer. Repenser autrement ce système qui ne fonctionne plus. J’espère que nous serons de plus en plus nombreux à nous réveiller et prendre conscience que le bonheur est sûrement plus dans l’ « être » que dans l’« avoir ».

 

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